Retour de Befotaka par Mathilde Andru
J'ai passé
des heures et des heures à Madagascar bien avant d'y arriver !
J'ai beaucoup sollicité internet et ses forums afin de me faire une idée
de ce qui nous attendait; j'ai suivi sur internet au jour le jour l'actualité
de l'île: je pense que cela m'a permis de ne pas être trop ébranlée
par ce pays et ses habitants, si différents du nôtre. Quoiqu'il
en soit, le sentiment qui domine chez moi après ce voyage, c'est celui
d'avoir participé à un film documentaire tellement les conditions
de vie de là-bas nous sont inconnues ici.
Pour le moment.... quelques semaines après notre retour, ce qu'il me
reste de ce périple, en dehors des paysages extraordinaires, c'est le
contact avec les femmes malgaches. Bizarrement, je n'ai pas l'impression que
les hommes de ce pays, du moins à Befotaka, cherchent à changer
quoi que ce soit à leurs conditions de vie. Les femmes si. Elles m'ont
semblé curieuses, actives, travaillant beaucoup, et pensant à
l'avenir de leurs enfants. Mais peut-être n'ai-je pas suffisamment eu
d'échange avec leurs maris ! (sauf les taxis-man, quelle énergie
!!!).
L'activité qui domine est le commerce, chaque petit village a son échoppe,
son étalage de bananes au bord de la route, ou étalage avec juste
deux ou trois tomates, du charbon de bois...la femme qui vend ses beignets,
ses brochettes de zébu.... même s'il n'y a que trois ou quatre
cases. Il y a une chose qui est certaine, c'est qu'il est très facile
de se nourrir pour nous. En ce qui concerne les Malgaches c'est sûrement
différent ....
Pour en finir avec les généralités, nous avons toujours
été accueillis avec des grands sourires, des «bonjour vazha»
toute la journée, les gens sont très souriants, toujours prêts
à vous répondre lorsque vous demandez un renseignement, et même
poussant la gentillesse à vous accompagner où vous souhaitez aller.
Les enfants sont très très fiers partout de nous dire bonjour
en français. Nous les avons beaucoup fait rire lorsque nous avons trouvé
un après-midi à louer des vélos: partout où nous
passions nous étions suivis d'éclats de rire.....sans moquerie,
tout simplement ils étaient pliés de nous voir dans les petits
chemins au milieu des chèvres, des canards et autres zébus.
A aucun moment,
dans la campagne, nous ne nous sommes sentis mal à l'aise. Il en a été
autrement à la capitale Tananarive qui concentre une misère difficile
à côtoyer tant nous avons été harcelés par
les mendiants (enfants très jeunes et adultes). Impossible de faire deux
pas sans avoir des mains tendues, des femmes qui nous suivaient avec insistance
avec leurs enfants dans les bras en mendiant.
J'avoue que je ne m'attarderai pas dans cette ville une autre fois.
En ce qui concerne BEFOTAKA......nous avons fait connaissance de Méline quelques minutes après notre arrivée à la station de taxi-brousse, sans doute prévenue par le «téléphone arabe». Je l'imaginais très grande....elle ne l'est pas, du moins par la taille !
Elle nous a conduits dans sa case, celle qui lui sert de salle à manger,
mais aussi de bureau, que ce soit bureau pour traiter des choses à faire,
que de bureau des pleurs pour ses concitoyens ! Se trouvaient là deux
autres femmes en train de faire des invitations et d'écrire des enveloppes,
j'ai été embauchée de suite. Avec un modèle, j'ai
recopié moi aussi une invitation qui, nous l'avons appris par la suite,
était pour une fête donnée en l'honneur de notre venue.
Les femmes de l'association FEMMES REVEILLONS NOUS avaient décidé
lors du départ des derniers visiteurs venus de France, (Jacques, Nicolas,
Alexandra) qu'elles organiseraient une fête à l'arrivée
des prochains: il se trouve que c'était nous !! Désolés
pour ceux qui sont partis bosser là-bas et auraient mérité
la fête plus que nous. Ceci dit nous étions bien heureux.
Après la
maison de Méline, nous nous sommes rendus à la case d'E.N.M. Tout
confort, deux chambres, salle de bain, toilettes....il ne manque que la chasse
d'eau... mais non ! il y a le tas de terre à côté du trou,
bien pratique. La case est jolie, la literie un peu défraîchie,
mais avec un matelas gonflable sur celui qui ne l'est pas, tout va bien.
Où ça se complique c'est le soir pour dormir, enfin essayer de
dormir !
La nuit tombe à 18h, à la suite arrive l'allumage des groupes
électrogène qui fonctionneront environ trois heures tous les soirs.
Après le repas les enfants n'ayant pas l'écran magique à
la maison, se mettent à chanter (super !), voilà qui nous mène
à peu près à 22h, heure à laquelle ils vont se coucher
environ. Quelques temps après, les zébus parqués à
côté de la case d'ENM, prennent la suite des chants et meuglent
pendant un certain temps, je dirais même un temps certain; il est environ
minuit et là on se dit, c'est bon on va dormir. Vers 2h( allez savoir
pourquoi puisque le jour n'est pas là ) les coqs se mettent à
chanter ! A 3h ce sont les chiens errants qui eux aboient et se répondent
à n'en plus finir.....3h ½ le voisin rentre chez lui et parle,
parle à sa femme..... à 5h tout le monde debout !!! la journée
commence, le premier jour ça étonne tout de même, le troisième
on est un peu fatigués....mais bon, c'est marrant. On se reposera en
rentrant.
Le lendemain de notre arrivée Méline nous fait visiter, en compagnie de la sage-femme, les installations sanitaires du village: dispensaire, salle d'accouchement, salle du dentiste, salle du planning familial. Une petite fille atteinte de neuro-palu est hospitalisée, elle a des escarres dûs à la position allongée prolongée; sa Maman la veille, mais le confort n'est pas vraiment au rendez-vous.... N'imaginez pas quelque chose qui ressemble à nos hopitaux !
Je
reste rêveuse, mais le mot n'est pas vraiment approprié, devant
la table d'accouchement, il s'agit d'une tôle sur roulette, sur un côté
un support pour une seule jambe.... pas de matelas, ni même un tissu sous
la maman qui va donner naissance à son bébé. Ayant eu l'occasion
il y a quelques temps d'entrer dans l'une de nos salles d'accouchement hyper
médicalisées, le contraste est grand ! Dans un certain sens, je
préfère celle de BEFOT, certains vont bondir je le sens !
L'après-midi nous voit nous mettre en route (à pieds) pour le
village voisin, 6 km aller-retour, même pas loin ! mais il fait chaud.
Méline n'a pas beaucoup dormi la nuit précédente, appelée
par l'arrivée d'un malade au dispensaire, mais elle marche de son pas
tranquille, chaque personne croisée lui adresse quelques mots, nous dit
bonjour.
Nous allons voir le maraîchage et ça tombe bien, lors de notre
arrivée le chef du village est en train de faire un cour théorique,
chaque participant (des hommes) a un cahier à la main et prend des notes;
il s'interrompt immédiatement pour nous accompagner dans la visite des
rizières et du champs où se pratique le maraîchage. Un homme
est là nous disant qu'il arrose régulièrement ses légumes,
Méline lui fait remarquer avec un sourire que c'est sûrement plutôt
sa femme qui arrose.
Ceci dit les légumes
sont beaux, espérons que tout le monde va s'y mettre ! Le riz a subi
de gros dégâts à cause du cyclone Indlala; du riz a été
de nouveau repiqué, il pousse. Nous reprenons le chemin du retour en
nous arrêtant au puits du village, il s'agit d'un grand trou où
l'eau arrive, il n'est pas cimenté, c'est une demande des habitants de
ce village.
Sur le chemin du retour nous faisons quelques «rencontres», un serpent,
un caméléon, un lézard crocodile....
Le lendemain est
le jour de la fête donnée pour notre venue à BEFOTAKA. Méline
me demande d'être à 8h30 à l'école. Les femmes de
l'association arrivent, elles se réunissent pour, je suppose, (elles
parlent en malgache ) savoir comment faire le repas (230 convives) qui seront
là à midi.... Le zébu, lui est déjà passé
de vie à trépas le matin de bonne heure, les hommes l'ont apporté
sur des feuilles de palmier. Amusante la réunion des femmes, elles restent
debout, arpentent la classe en parlant, il semble régner un joyeux bazar,
mais au bout de 20 minutes tout a l'air décidé. Elles repartent,
reviennent avec du riz, des faitouts énormes, de la vaisselle, vont couper
des fleurs qu'elles accrochent dans des feuilles de palmier tressées
pour décorer l'entrée de l'école et les tables. J'avoue
ne pas avoir été très active, sidérée que
j'étais de les voir faire, me demandant comment tout serait prêt
à midi, surtout avec cette cadence qui n'aurait en rien ressemblé
à la mienne dans les mêmes circonstances. Toutes étaient
calmes, pas de panique....balayage de l'école, transport des tables,
organisation des tables d'officiels, découpage du zébu en petit
morceaux, cuisson du riz, vaisselle, couvert à mettre, sono à
installer. J'ai été superbement inutile ce jour là.
A
midi, le Maire et les conseillers du village sont arrivés, ainsi que
le directeur de l'école. Nous nous sommes installés sur le devant
de l'école, devant l'assistance, et les discours ont commencé.
Ils étaient dits en malgache, traduits aussitôt en français
pour nous. Nous avons donc également dû en passer par le micro,
restant dans des généralités, des remerciements, mais également
mettant en avant le rôle important de Méline dans notre désir
de voyage pour BEFOTAKA, expliquant qu'elle était très connue
de tous dans l'association
Après les discours, place au repas, précédé d'une
prière dite par le prêtre catholique et terminé d'une prière
par le pasteur. Il a fallut 3 services pour nourrir tout le monde, un zébu
entier, des kilos et des kilos de riz.
En fin d'après-midi, nous étions un peu fatigués par autant d'émotions, Méline nous a proposé une ballade au bord du fleuve. Endroit magnifique, surtout avec la lumière du soleil couchant, un havre de paix, une Méline qui ne dit rien. C'est à cet endroit que j'ai pensé : elle parle en silence.
La soirée s'est terminée par un bal poussière qui porte bien son nom. Le lendemain était encore jour de fête, celle de l'indépendance. Au même endroit ont défilé des centaines d'enfants, chantant, dansant, recevant des offrandes des officiels. Que de bruit !!
Il nous fallait bien une journée entière de pirogue sur fleuve pour nous remettre de toutes ces émotions. Méline nous a accompagné, elle était désireuse elle aussi de passer une journée sans sollicitation. Départ à 6h du matin et retour à 6h du soir, sans coussin, aie,aie !! Quelle paix, quels paysages, incursion dans la mangrove avec de la boue jusqu'aux genoux, au milieu des crabes, repas bananes. Arrêt dans une «cocoteraie» où des hommes distillent le vin de palme, peut-être le boivent également d'ailleurs !
Voilà quelques instants vécus dans ce village, je l'avoue assez
étourdissants, assez déroutants par certains aspects (hygiène,
confort, nourriture), mais jamais mal à l'aise avec les habitants; il
est facile de se balader, de parler à tout le monde, de rire avec eux,
il n'y a pas de gêne ni d'un côté ni de l'autre.
Je garde en souvenir la rencontre avec Méline, petit bout de femme très déterminée, ayant me semble-t-il une idée bien précise de la direction qu'elle donne à sa vie et faisant en sorte de s'y tenir. Je suis assez sidérée de son énergie tranquille, elle a manifestement une capacité de travail importante, dort peu (mais qui dort beaucoup là-bas ?). Je crois qu'elle réussi lorsqu'il n'y a pas d'épidémie quelconque à se ménager des temps de repos et de tranquillité.
C'est
une femme très curieuse, qui pose des questions sur notre vie, elle a
un réel désir d'amélioration de la vie dans son village,
a déjà beaucoup d'idées. La lecture lui apporte beaucoup,
ainsi que les rencontres avec chaque personne de l'association qui vient lui
rendre visite. Nous avons eu l'occasion de la voir régler un problème
avec une personne venant se plaindre auprès d'elle, elle reste très
calme, dit les choses qu'il y a dire même si elles sont désagréables
et désamorce l'agressivité de l'autre en face. Je l'ai trouvé
très fine et intelligente, intègre et tout à fait digne
de confiance. Elle a soif de rencontres et d'échanges, je pense qu'elle
manque beaucoup de cela à BEFOTAKA, d'où sa demande de se former
à TANA.
Elle a des projets : s'occuper de mieux loger les collégiens, qui pour l'instant sont chez elle. Les parents vont construire une case sur un terrain donné par la commune, un peu éloigné du centre du village. Elle a dans l'idée également de construire des cases qui pourront recevoir des touristes, ces cases seraient placées sur le même terrain que celles des collégiens, seraient tenues par FRN , évidemment je serais partante pour l'aider dans ce projet. Befotaka est un lieu d'arrêt des taxis-brousse et n'a pas d'hébergements. Alors pourquoi pas ? Reste à savoir comment financer ces cases ?Elle se pose également la question de se présenter aux prochaines élections, elle est très sollicités par les habitants du village dans ce sens
Je reviens de la là-bas avec une idée fixe en tête : COMMENT TROUVER DE L'ARGENT POUR LES AIDER. Posons nous la question, nous trouverons sûrement la réponse.
Mathilde Andru aout 2007